mercredi, octobre 05, 2005

Classe, lutte des classes : shadokismes sociologiques.
Dans la plus pure tradition totalitaire, certains philosophes se sont élevés en scientifiques savants (en prenant volontiers le nom de sociologue) afin de mieux imposer leurs idées. Karl Marx fut de ceux-là le plus fameux (remarquez néanmoins qu’il peut ainsi figurer dans les manuels d’économie français où l’on ignore Tocqueville, Bastiat, Hayek, Salin...). Cette supercherie s’exprime notamment dans son analyse de ce qu’il appelle la lutte des classes.
Marx imagine la société divisée en plusieurs classes sociales, dont le nombre varie selon l’époque de ses écrits entre trois et sept. Le prolétariat par exemple n’a que sa force de travail à vendre. Les « bourgeois capitalistes » possèdent quant à eux le capital ainsi que les moyens de production qu’ils tentent de faire fructifier en exploitant le prolétariat. Une troisième classe, « classe moyenne » , « petite et moyenne bourgeoisie » (majoritairement les professions libérales), subsiste par ses propres moyens . A certains moments, Marx parle aussi de classe paysanne. Des politiques (Lénine) ou des « sociologues » ([ j'avais parlé de Weber avant de me rendre compte des dissensions entre lui et Marx], Bourdieu, Durkheim, souvent plus docteurs Es Marxisme que scientifiques) ont peaufiné cette analyse en rajoutant des critères : l’aspect social statutaire, les mœurs, conscience de classe, le pouvoir.. Les classes se transmettent par filiation, lourd héritage s’il en est, ce qui conduira (selon moi) tout droit au situationnisme.
Il apparaît évident que cette séparation caricaturale de la société ne résiste pas trente secondes à l’homme qui pense sans idéologie (laquelle, à l’instar de ce que dit Revel, pense à votre place). Il est notoire que de nombreux ouvriers gagnent aussi bien leur vie qu’un patron, il faut bien en être conscient (je connais une entreprise dans la région toulousaine où un des ouvriers a un salaire plus haut que son patron). Les revenus, s’ils sont étalés, le sont d’une façon relativement homogène, ce qui ne permet pas de différencier les classes sur ce critère (Notons d’ailleurs que l’Etat en fixant les salaires hors des réalités économiques a réussi à créer des classes dans les pays communistes). Les histoires bourdivines de mœurs (habitus, apprenez bien ce mot si vous voulez faire socio) ne tiennent pas plus la route si, par miracle, vous arrivez à déchiffrer le langage inhabitable sociologique. Dans « La Distinction », Bourdieu utilise tous ses mots pédants pour simplement exprimer que les ouvriers mangent uniquement pour se nourrir, qu’ils n’apprécient l’art que quand il est réaliste, bref qu’ils recherchent plus la fonctionnalité qu’autre chose. D’un point de vue personnel, je considère ces propos comme une insulte aux ouvriers relégués par le Béarnais au rang d’abrutis stupides incapables de s’adonner à la réflexion ou à l’art. L’aspect statutaire de la classe semble tout aussi peu pertinent : en étant suffisamment reconnu socialement, vous réussiriez à changer de classe? Allons donc…Les tenants du rôle dans la production, dans la chaîne de la consommation, devraient, quant à eux, pousser leur peu d’intelligence jusqu’à se rendre compte que si le « prolétaire » reçoit une part de capital (le salaire qu’il touche mensuellement), il entre dans la classe des affreux capitalistes (imaginons un prolétaire qui emploie une baby-sitter : il devient patron..).On retrouve souvent dans les écrits marxistes l’expression « conscience de classe », qui définit la prise de conscience d’un individu en tant que membre de la classe. Il est particulièrement amusant de constater que cette conscience n’apparaît que tardivement (et très minoritairement) après les écrits de Marx et ce sous l’influence de syndicats socialo-marxistes. En fait, on se doit de reconnaître que l’homme a bien plus le sentiment d’appartenir à une communauté nationale, ethnique, religieuse, politique, que de classe. L’idée de classe vise principalement à réduire l’indépendance de l’individu par rapport à sa naissance. Ce point de vue très déterministe nie donc en même temps que la place, le libre-arbitre (ici, l’envie m’a pris de citer Novalis : «La liberté est une matière dont les phénomènes singuliers sont les individus »), la réussite « sociale » de l’individu en tant que tel, la réalité qui nous montre que l’on peut très vite monter, ou très vite descendre, que deux personnes parties du même point n’arrivent pas à la même destination. La plupart des Français de la « classe moyenne » ont pour aïeux des paysans, ce qui met à mort, je crois, la notion de classe par filiation. Ma famille constitue une excellente illustration de cette possibilité de mobilité sociale : en quelques dizaines d’années, nous sommes passés de petites fermes à des conditions de vie plutôt au-dessus de la moyenne.
Mais reprenons notre analyse de la pensée marxiste des classes : ces dernières s’opposeraient dans une lutte permanente depuis la nuit des temps. Ce combat ancestral concernant principalement le prolétariat et la haute bourgeoisie serait le véritable moteur de l’Histoire. Une vision aussi matérialiste ne lasse pas de surprendre par son manque de pertinence. Pour nous en convaincre, regardons les différents conflits majeurs des siècles écoulés. Les deux dernières Guerres mondiales ont été des conflits entre nations, ethnies, partisans de la liberté ou totalitaristes. Les grandes Révolutions (Américaines, Française, de 1848, Russes) ne correspondent pas non plus à des critères de classe (les paysans vendéens monarchistes sont-ils moins prolétaires que la bourgeoisie parisienne ? Pour quelle mystérieuse raison l’ensemble des paysans n’a pas eu les mêmes réactions ? ). Marx imagine pour son siècle une volonté des capitalistes de réduire la part du travail des prolétaires, lesquels par la lutte syndicale tentent d’augmenter leurs revenus, les acquis sociaux ne traduisant qu’une astucieuse parade des horribles bourgeois en vue de préserver la société capitaliste (« le patron cède ? attention au complot visant à nuire à la classe prolétarienne, camarade. »). Les prolétaires doivent renverser les capitalistes puis installer la dictature du prolétariat. Bref, autrement dit, le marxiste n’assimile pas le concept d’accord entre l’employé et l’employeur : un salaire contre du travail. Personne n’a le droit de forcer quelqu’un à travailler contre son gré (du moins dans une société libérale… en revanche, la militarisation du travail par les soviétiques a conduit à une obligation du travail, comme quoi..). Grâce à ce contrat (qu’on explicite le plus souvent à l’écrit), chacune des deux parties en présence a une rétribution bien définie, qu’elle peut essayer de faire évoluer de plusieurs manières (la grève étant la « solution finale ») tout en respectant bien entendu les Droits Naturels de l’autre partie (je pense ici aux scènes de séquestrations, de prises d’otages des personnels administratifs ou aux blocages des autoroutes par des chauffeurs mécontents). Soulignons d’ailleurs que l’accord se signe entre deux entités (entreprise/indivu, individu/individu, entreprise/entreprise…), non entre deux « classes » du fait même qu’il y’ait concurrence. Je voudrais vous faire part de ces quelques lignes de l’excellent Jacques de Guenin « Les théories de gauche et de la pseudo droite sur l'entreprise, généralement conçues et propagées par des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise, partent de l'idée qu'il existe une opposition irréductible entre les intérêts des travailleurs et ceux des patrons. Il n'y a rien de plus contraire à la réalité, au moins dans un marché libre. Car dans un marché libre, il n'y a pas de chômage permanent, et les patrons sont en concurrence les uns avec les autres pour attirer les meilleurs salariés. ».Pour l’anecdote et pour souligner le talent prophétique de l’auteur du Kapital, Marx a imaginé pour les décennies suivant ses écrits … la régression de la classe moyenne, laquelle n’aurait pu soutenir la compétition avec les capitalistes. Karl, est-ce la religion du riche (i.e l’opium) qui t’a perdu ?
Devrions-nous pour autant rejeter l’idée de lutte des classes ? En se basant sur le droit, les libertariens (à l’attention des néophytes : des libéraux anarchistes)ont repris à leur compte cette notion : ceux qui volent contre ceux qui sont volés. A mes yeux, cette analyse quoiqu’ intéressante ( outre le fait qu’en faisant intervenir le mot « classe », elle pourrait prêter à confusion sur la responsabilité individuelle) reste incomplète : il s’agit plus d’une lutte entre les pourfendeurs du Droit Naturel et leurs victimes, lesquelles n’en ont que rarement conscience, ce qui exclue de fait que cette lutte constitue le moteur de l’Histoire.

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24 Comments:

Anonymous Dandy-Subversif said...

Ce que je trouve marrant, c'est que tu utilise l'analyse Marxiste (très facilement criticable en effet), pour chier sur l'ensemble de la sociologie...
Quand à l'habitus, tu a beau le dénigrer, tu n'a pas avancé d'arguments pour prouver qu'il n'existait pas.

7:34 AM  
Blogger Simon said...

ah non pardon tu m'as mal compris, c'est bien l'analyse marxistequeje critique.

La vison de sociologues comme Aaron me convient parfaitement.


l'habitus est une belle connerie: il y'a des "prolos" qui font de l'art abstrait, qui aiment bien manger et se vetissnt avec élegance

11:22 AM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Attention, la socio n'exclue pas du tout les exceptions, il y en a toujours... Mais comment expliquer les quartiers "aisées", quartiers "pauvres"? Que les riches ont une tendence très majoritaire à s'habiller de la même maniere? De même chez les pauvres? Tout cela, tu ne peut le nier? Comment expliquer que le taux de suicide soit différent, d'une classe à l'autre? (désolé d'employer un mot qui te fait peur)

12:37 PM  
Blogger AM said...

La sociologie ne sert à rien, nous ne vivrions pas plus mal si les sociologues n'existaient pas. Quant à Bourdieu c'est un escroc intellectuel qui fait encore des ravages en France, ou il est considéré comme un demi-dieu.
Merci Dostix de cette réfléxion très intéressante. COntinue comme ça.

2:08 PM  
Blogger Simon said...

mouai mais je me suis fait lyncher sur liberaux.org ... :D

je n'ai pas vu la différence entre le holisme et le marxisme.. pour moi c'est du collectivisme tout simplement :)


quartiers aisés quartiers pauvres?? c'est surtout l'Etat qui a fait ça, en particulier à cause des logements sociaux. Sinon c'est simpelment un effet du marché: là où il y'a des pauvres, les prix baissent et les pauvres peuvent acheter.. et alors?


"Que les riches ont une tendence très majoritaire à s'habiller de la même maniere?"=> et bééé. pas les riches que je connais en tout cas, vraiment pas.


"Comment expliquer que le taux de suicide soit différent, d'une classe à l'autre? (désolé d'employer un mot qui te fait peur)"
=> tu fais une erreur de logique là: tu poses l'existence des classes pour me prouver qu'il y'en a...

4:28 PM  
Blogger AM said...

C'est quoi la différence entre holisme et marxisme?

5:14 PM  
Blogger Simon said...

ben d'après eux un marxiste est un holiste mais un holiste n'est pas forcément marxiste..bref le holisme est une vison générale de la societé dans laquelle vient s'inscrire le marxisme

un peu compliqué pour moi

"Fuck off!"

5:33 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Pour Holisme c'est ça Simon. Il y a des Holistes de droites d'ailleur.

Pour répondre à "The French" :

A par critiquer en bloque. Des arguments?

Pour Simon : je te propose une experience, va à la sortie d'un lycée de ZEP, regarde comment, majoritairement, les gens sont habillés, ainsi que leur maniere de se comporter et d'être.
Va ensuite à la sortie d'un lycée privé, dans un quartier aisé. Et fais la même experience. Tu verra que l'habitus existe, et cela n'a rien de Marxiste de le dire.
D'ailleur si je ne me trompe pas, selon Bourdieu, la lutte des classes est ponctuelle et non constante, il y a donc des possibilités de paix entre les classes, cela devrait vous faire plaisir.

6:51 PM  
Blogger Simon said...

j'ai passé 4 ans dans un collège de ZEP et j'en suis sorti très à droite...

il y'avait toute sorte de gens, même les plus riches "bourgeois palois"... pour info il s'agit du Collège Jeanne d'Albret à Pau..

Et ne confonds pas mode et habitus.. ils s'habillent comme des merdes parcque leurs idoles s'habillent comme des merdes

6:54 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Ah! Ils ont donc les mêmes idoles? "Comme des merdes" n'est ce pas un jugement de valeur qui résulte de ta maniere de t'habiller ainsi que celle de tes fréquentations? Donc de ton milieu social?

7:13 PM  
Blogger Simon said...

si tu parles des petits cons des "téci" ils sont à peu près tous pareils.. et alors? n'ont-ils pas pas pour autant une responsabilité individuelle??

et si tu crois que tous les pauvres leurs ressemblent.....

7:28 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Je n'ai jamais dis ça... mais en attendant, sans même parler de classe, les petits pauvres des téssis comme tu dis, sont un exemple de groupe social, il y en a d'autres. Chaque personne a une liberté individuelle, mais toutes ses actions seront influencées par la norme du groupe social auquel il appartient, c'est ça l'habitus.

7:31 PM  
Blogger AM said...

OUi je peux argumenter mon cher Dandy pas trop subversif.
Je crois que vouloir expliquer la "société" et le "social" avec des mots compliqués ne mène qu'à une opacification de la chose. Car la société "sociale" n'existe pas. Elle est composée d'individus qui agissent pour eux-mêmes. Vouloir classer les gens dans des classes ou habitus appelle cela comme tu veux ne mène nulle part, sauf dans le mur. Je ne crois qu'en l'action humaine et individuelle, ce n'est que les actions combinées et volontaires de ces individus qui forme la société. Pour reprendre l'exemple des tecis, vouloir réduire les gens à leur tenue est stupide, chacun de ces individus est responsable de son propre look, ce que je veux dire c'est qu'ils ont choisi d'etre comme ca et la société ne force personne.
Je te renvoie à "l'action humaine" de Von Mises. La praxéologie ou l'étude des actions des individus, ca c'ets intéressant.

7:47 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Mais si c'était le cas, la propagande ne marcherait pas. elle marche, donc les individus peuvent être influencés par la société

8:21 PM  
Blogger Simon said...

pas compris le rapport là... ils sont influencés par d'autres individus..

8:23 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Mais justement! il n'y a rien qui s'appelle société et qui pense tout seul. La société ce sont les individus... Et des individus peuvent influencer, consciement ou non, d'autres individus, c'est tout le principe de la socio.

9:18 PM  
Blogger AM said...

Tu dis tout et son contraire. Tu viens d'affirmer de toi-même le contraire de ce que tu soutiens depuis tout à l'heure. Tu n'es même pas cohérent avec toi même. Remarque c'est une des caractéristiques des communistes. Je ne comprends pas pourquoi tu t'évertues à essayer de nous convaincre du haut de ta piètre culture, tes arguments ne valent pas un pet du Che.

10:55 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Contradictions? en quoi? peut être me suis je mal exprimé dans ce cas.


Je dois dire que je préfère répondre avec Simon, qu'avec toi Monsieur The French. Lui au moin prend la peine de répondre poliment.

7:14 AM  
Blogger Simon said...

je suis poli avec toi dandy... d'habitude je suis beaucoup plus "incisif"

10:36 AM  
Blogger AM said...

Tu t'évertues à nous convaincre de l'existence de la lutte des classes, et de l'existence de la société ne tant qu'entité et après tu nous dis:
"il n'y a rien qui s'appelle société et qui pense tout seul" ce qui est en substance exactement ce que j'essaie de te faire comprendre depuis le début.
Tu n'es pas capable de défendre tes idées. Tu es un idéologue.

2:02 PM  
Anonymous Dandy-Subversif said...

Et en quoi je me contredis? Une classe est un ensemble d'individus ayant des caractères commun c'est tout. Bien sur qu'il n'y a pas d'objet nomé "classe", sans aucune base humaine, je n'ai jamais dis ça... ou alors vous faites de gros amalgames

10:37 PM  
Anonymous Anarcose said...

Dandy, pourquoi chercher à les convaincre ? Ni dans un sens ni dans l'autre...

"pourquoi tu t'évertues à essayer de nous convaincre du haut de ta piètre culture ?"
Ce crétin n'a pas tort...

11:49 PM  
Anonymous Anonyme said...

Anarcose a raison, laisse tomber ces fachos de droite. Leur pensée antisociale (la sociologie est rejetée en bloc!!!), leur esprit anti humaniste est à vomir!!!

12:00 PM  
Blogger Simon said...

mort de rire... le libéralisme est humaniste, je dirais même que nous seuls les plus purs descendants d'Erasme

6:54 PM  

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