vendredi, octobre 14, 2005

Tunisie, Internet, et la nouvelle campagne des cyber-dissidents « Fock, Yezzi ».

Indépendante depuis 1956, la Tunisie apparaît à première vue comme une jolie petite république démocratique du Maghreb, forte de son rôle dans la lutte mondiale contre l’islamisme.

Hélas, force nous est de constater qu’il en est tout autrement. Si effectivement les dirigeants tunisiens ont bien combattu l’islamisme ( suppression du droit islamique, émancipation des femmes..), le pays n’en est pas pour autant un modèle de respect des droits et libertés individuelles.

En 1987, après le putsch médical du général Zine El-Abidine Ben Ali (en vue de renverser Bourguiba, dont le règne de 29 ans se terminait avec une crise majeure en toile de fond), nombreux sont ceux qui ont cru à un renouveau : fin de la présidence à vie, limitation du mandat présidentiel à trois, reconnaissance de nombreux partis, libéralisation de l’économie.… Cela ne durera pas, les vieux démons ont rapidement repris leurs droits :en 1994, Ben Ali est le seul candidat à sa succession ; en 1999 où deux autres candidats se présentent il est élu à 99,6% (vous avez dit « bizarre » ? comme c’est étrange..); en 2002 il réforme la constitution en vue de pouvoir être élu jusqu’en 2014 ; en 2004, il réalise malgré la candidature de trois opposants 94,48% des suffrages.

Pour assurer son pouvoir et combattre l’opposition, le président tunisien n’a de cesse de bafouer les Droits de l’Homme et en particulier celui d’expression. Les ONG telles que TMG (Groupe d’Observation de la Tunisie) ou Reporter Sans Frontières ont publié des rapports alarmants sur la situation.



Internet n’est pas à l’écart de cette répression sauvage. Il faut savoir que la Tunisie a entrepris depuis le milieu des années 90 une vaste campagne de développement de ce media, en particulier pour des raisons économiques : 500 000 internautes sur 10 millions d’habitants font de ce pays le leader maghrébin en terme d’ utilisateurs. Les fournisseurs d’accès se sont multipliés (une dizaine dont la moitié sont privés) ainsi que les Publinets, des cybercafés publiques.

Les dissidents tunisiens muselés par la censure dans la presse classique ont rapidement investi cet espace de liberté en publiant un grand nombre de sites (dont les fameux Kalima et TUNeZINE).

Malheureusement le pouvoir tunisien a su s’adapter très rapidement à cette nouvelle menace (si, si, parfaitement une menace !), en mettant en place une véritable cyber-police. La mission de celle-ci consiste à bloquer, fermer, répertorier les sites jugés dangereusement subversifs. Les fournisseurs d’accès appartenant tous à des personnes proches du gouvernement (dont la propre fille de Ben Ali) ont pour obligation de signer un contrat stipulant que l’utilisation d’internet doit se limiter "à des fins scientifiques, technologiques, commerciales, strictement en rapport avec les activités des clients". Autrement dit, un usage plus que restreint. Le simple fait de consulter un site dissident peut vous conduire en prison Les Publinets sont soumis à une surveillance big-brothesque et le gouvernement tunisien a diminué considérablement les autorisations pour ouvrir un cyber-café. En vertu de cette censure démesurée, des centaines de cyber-militants ont été arrêtés par la police. On cite régulièrement le cas de Zouhair Yahyaoui qui, après avoir subi la torture, a donné les codes d’accès à son site.

Les dissidents tunisiens sont contraints de se cacher, d’utiliser des techniques informatiques pour ne pas se faire repérer sur la toile, d’ héberger leur site à l’étranger, voire de s’exiler.

Afin de faire comprendre au général leur ras-le-bol et se rappeler à son bon souvenir, ces gens ont décidé d’entreprendre à l’occasion du Sommet Mondial pour la Société de l’Information une campagne inédite en Tunisie à travers le site yezzi.org : une cyber-manifestation contre le régime sous le slogan « Yezzi, Fock », ce qui signifie en dialecte tunisien « Ca suffit ». Les cyber-manifestants apparaissent pour la plupart le visage caché, craignant la répression.
Si la loi tunisienne n’empêche pas officiellement les manifestations publiques, la police les répriment néanmoins systématiquement au nom de la sécurité.
Néanmoins, le site a été censuré 18 heures après son lancement et il est maintenant hébergé à l’étranger, hors du pouvoir des sbires de Ben Ali.
Imaginer un seul instant que cette contestation pourrait entraîner la chute du régime relèverait de l’illusoire : il s’agit surtout d’exprimer le mécontentement des Tunisiens mais aussi de faire parler d’eux notamment à l’étranger où l’on ignore royalement la situation.


Ayant entendu parler de cette initiative par deux libéraux tunisiens, Mourad Dridi et Neila Charchour Hachicha (du Parti Libéral Méditerranéen), j’ai décidé de les rejoindre dans leur combat en envoyant moi aussi ma photo. Je vous invite à faire de même.

Ben Ali, Fock, !! Yezzi!! Et tant qu’à faire, va pourrir en enfer!

Libellés : , , , , ,

1 Comments:

Blogger Malek said...

bonsoir simon,

Je pense que vous avez bien su résumer la situation. Sortir de cette impasse est un vrai casse tête pour nous tunisiens surtout que le régime bénéficie d'un soutien sans faille des pays démocratiques qui nous reconnaissent comme droit que celui de manger, d'être soigner et éduquer. En tant que libérale, j’espère que le soutien des libéraux du monde libre se fera plus palpable et nous aidera dans notre projet de faire de la Tunisie un havre de liberté de paix et de prospérité.

Merci de votre soutien et que les valeurs qui nous réunissent triomphent de la dictature.

Bien à vous.

El Ansari

12:12 AM  

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home

Libre et libéral: blog libéral, subversif et dissident contre le Moloch socialiste