samedi, juillet 29, 2006

Non, non.


A rebours de ce que vous auriez imaginé, ma faible présence sur le blog ne signifie en rien un abandon proche. Elle serait plutôt synonyme d'une petite surprise que je vous réserve. (je remercie donc ceux déjà au fait de ne rien dévoiler, let them virgin).

19 Comments:

Anonymous jankelevitch said...

J'ai du mal a comprendre vers quoi veut tendre le néo-libéralisme (et encore moins l'ultra-libéralisme):quels sont les buts des actions entreprises et pour quelles fins (j'ai bien l'impression qu'il n'y en a pas!), quel sens il y a-t-il a mettre l'économie au-dessus de la politique, de la justice, de la morale et de l'éthique, afin d'imposer une téchnocratie absurde et ridicule: que faisons-nous pour éviter les milliers de morts de faim, de soif, de problèmes de santé inacceptables chaque jours dans le monde (un monde que nous ne pouvons plus faire semblant d'ignorer), alors que, pendant ce temps, nous autres occidentaux nous enfermons dans l'abus du bien matériel(nous en sommes à cultiver l'ennui des autres sur msn!). Ce discours peut paraître sacrément barbant, cependant, je n'arrive pas a comprendre où veulent en venir des idéologues tels qu'Hayek, ça me rend malade de vivre dans un monde absurde, "kafkaien"!!!! D'autant plus qu'il parait inéluctable que cette société de consommation ne mène ni plus ni moins qu'à l'uniformisation de la pensée occidentale dans un nihilisme plus que jamais destructeur de civilisation : le néo-libéralisme n'est à mes yeux que la mort de notre cvilisation (je ne suis pas communiste pour autant...).

7:23 PM  
Anonymous Anonyme said...

"Quel sens il y a-t-il a mettre l'économie au-dessus de la politique, de la justice, de la morale et de l'éthique, afin d'imposer une téchnocratie absurde et ridicule"

Ce constat de ce qu'est le libéralisme est complètement erroné. Ce qui est intéressant c'est de savoir pourquoi vous l'imaginez vrai. Quels ouvrages libéraux (du moins pour vous) avez-vous lus pour en retirer ceci ?

7:37 PM  
Blogger Simon said...

"J'ai du mal a comprendre vers quoi veut tendre le néo-libéralisme (et encore moins l'ultra-libéralisme)"

Encore faudrait-il savoir ce qui se cache derrière ces notions, je vous concède les méconnaitre totalement. Jamais je n'ai vu quiconque se prétendre ultra ou néo-libéral.

"quels sont les buts des actions entreprises et pour quelles fins (j'ai bien l'impression qu'il n'y en a pas!)"

Entreprises par qui? Par l'Etat?
Dans le cas du libéralisme, elles se limitent (pour les minarchistes naturellement- en ce qui concerne les anarcho-capitalistes, la question ne se pose pas) à garantir les droits individuels.



"quel sens il y a-t-il a mettre l'économie au-dessus de la politique"

Il s'agit simplement de réduire l'impact de l'Etat sur les échanges entre individus. Je ne vois pas en quoi cela vous gêne.


"de la justice, de la morale et de l'éthique"

De la morale (par nature subjective, relative), sans aucun doute car elle n'est pas rationnelle. En revanche on tient en plus haute estime la justice et l'éthique (en fait les véritables libéraux préfèrent largement les discussions d'éthique à celles portant sur l'économie et Rothbard à Friedman).


"afin d'imposer une téchnocratie absurde et ridicule"

Je ne saisis pas.


"que faisons-nous pour éviter les milliers de morts de faim, de soif, de problèmes de santé inacceptables chaque jours dans le monde (un monde que nous ne pouvons plus faire semblant d'ignorer), alors que, pendant ce temps, nous autres occidentaux nous enfermons dans l'abus du bien matériel(nous en sommes à cultiver l'ennui des autres sur msn!)."

Si vous voulez régler ces problèmes, les libéraux ne veulent aucunement vous en empêcher, un certain nombre d'entre eux participent d'aileurs à des actions caritatives.




"Ce discours peut paraître sacrément barbant, cependant, je n'arrive pas a comprendre où veulent en venir des idéologues tels qu'Hayek"

A la liberté, à une société plus éthique et moins violente. Cependant, ce ne sont pas des "idéologues" au sens marxiste.


"D'autant plus qu'il parait inéluctable que cette société de consommation ne mène ni plus ni moins qu'à l'uniformisation de la pensée occidentale dans un nihilisme plus que jamais destructeur de civilisation "

Et pourquoi donc?

8:50 PM  
Blogger Librekom said...

Je commence à lire le commentaire et déjà je m'énerve :

Néo-libéralisme
Ultralibéralisme

Définition ???
Soyons tout simplement libéraux. C'est largement suffisant, le libéralisme n'a jamais changé, il n'est donc pas nécessaire de lui ajouter un préfixe. Il n'y a qu'un seul libéralisme. On est soit libéral, soit on ne l'est pas. Pour la Liberté ou contre la Liberté.

1:26 PM  
Anonymous jankelevitch said...

L'ENTREPRISE NEO-LIBERAL EST UN FAUX PROJET !

Je voudrais préciser ma pensée en insistant sur le « néo-libéralisme » ( idéologie sans concession, apparue (en France du moins) après une longue éclipse du libéralisme, durant la crise des années 70, ayant une posture plus hostile à l’égard de l’Etat que le libéralisme du 19es. Quant à l’ultralibéralisme, c’est une dérive radicale du libéralisme, dans la mouvance d’Hayek).
Il semble que l’après-guerre fut d’une telle rancœur envers les évènements qui l’ont précédé, que les hommes en sont venus à rejeter tout projet (politique du moins. Le nazisme, malgré sa barbarie démesurée était un « vrai projet »). Ne nous voilons pas la face, si le néo-libéralisme a triomphé, c’est avant tout parce que le socialisme a échoué : en fait, beaucoup y ont adhéré en le prenant, à tort, comme un lieu d’expression du ressentiment (manifestation du rejet du communisme par exemple), mais beaucoup y adhère aussi par niaiserie et mépris de l’ordre social. De même, dès la fin du mouvement d’émancipation (autour de 1970), les « idées » ont disparues du champ politique, laissant place au culte de l’image à travers une médiatisation abrutissante. C’est notamment ce désintéressement pour la politique et la critique des idées qui nous a enfoncé dans le carcan néo-libéral.
Aujourd’hui, il est plus crucial que jamais de remettre en cause l’importance démesurée qu’a pris l’économie dans notre société : remettons-la à sa place ! Car on ne croit plus à sa prétention d’assurer le bonheur des gens. Que celle-ci soit un moteur de civilisation, c’est presque irrévocable, mais qu’elle suffise à faire la civilisation, c’est absurde ! J’en viens à dire que le néolibéralisme est un faux projet.
A propos de "Quel sens il y a-t-il à mettre l'économie au-dessus de la politique, de la justice, de la morale et de l'éthique, afin d'imposer une technocratie absurde et ridicule", je vous invite à lire un excellant ouvrage d’André Comte-Sponville (Le capitalisme est-il moral ?) qui m’a tout à fait éclairci l’esprit : il m’a rappelé le bon sens. Justement, mettons les choses au clair.
Grosso Modo, que dit-il ? Et bien, tout simplement que l’économie ne se suffit pas à elle-même dans notre société. Il propose notamment une grille d’analyse intéressante à travers ce que Pascal appelait la « confusion des ordres » : afin de renoncer au « Tout est permis », il distingue 4 ordres principaux ( n’y voyez aucun cartésianisme) classés de telle manière que, à la façon des poupées russes, le suivant limite les précédents : l’ordre techno-scientifique (auquel appartient l’économie), l’ordre politico-judiciaire, l’ordre moral et enfin ( bien sur, on pourrait en ajouter d’autre selon sa propre conception des valeurs) l’ordre éthique (= l’ordre de l’amour). Le fait que le premier ordre surpasse les autres tient ni plus ni moins que du « ridicule » (=confusion des ordres, selon Pascal) ; bien que, comme « simon » l’a remarqué, cela soit plus subtil que ça (cf. Rothbard et son « éthique de la liberté »), distinguons la réalité théorique de la réalité des faits : l’homme est social par nature !(j’y reviendrai). Cela tient donc du ridicule, et même de la « tyrannie » ( qui, selon Pascal, consiste au « désir de domination universelle et hors de son ordre » ) : l’économie n’est qu’une « pseudo-science » ésotérique et désuète, rien de plus ! « Vouloir faire du capitalisme une moral, ce serait faire du marché une religion, et de l’entreprise une idole »(André Comte-Sponville) et imposer ainsi la plus « ridicule » des « tyrannies », celle de la richesse. Or, en s’imposant comme philosophie du savoir-vivre, le néo-libéralisme ne pouvait que conduire au « barbarisme » (tyrannie des ordres inférieurs) que constitue la technocratie actuelle.
Mais avant tout, revenons sur la définition du libéralisme. C’est irrévocable, « le libéralisme n’est pas une doctrine proprement dite mais surtout un mouvement intellectuel mettant en avant des principes de liberté et de responsabilité, c’est donc une affaire de philosophe » (me dit un jour un pro-libéral). C’était vrai au 18e, 19e et même début du 20e s., quand le libéralisme avait une raison d’être politique et morale. Mais ça ne l’est plus depuis l’avènement du néo-libéralisme, au point qu’aujourd’hui les ultra-libéraux (dérive néo-libérale) estiment que l’économie règle tout les problèmes, seulement si chacun ne se sent pas personnellement visé par le jugement du marché (allez dire ça à une famille de 5 enfants dont les parents sont au chômage depuis 3ans…) : comment peut-on accepter qu’une telle amoralité puisse être le fondement de nos sociétés contemporaines ? C’est donc, désormais, une affaire d’économistes. J’en viens à citer Bourdieu : « Séparés par toute leur existence et, surtout, par toute leur formation intellectuelle, livresque et théoriciste du monde économique et social tel qu’il est, [ces « néo-libéraux » (qui se dise souvent libéraux)] sont particulièrement enclins à confondre les choses de la logique et la logique des choses […] [au point] qu’ils sont le plus souvent incapables de comprendre la vraie nécessité et la profonde complexité du monde auquel ils collaborent »(Là, il vise très juste !) Ainsi, l’économie pour l’économie, la richesse pour la richesse ne suffit pas sur le plan social : on se doit d’aller au-delà de ce simple « calquage » ( c’est une démarche trop facile !) d’une réalité abstraite ( une réalité théorique) sur une réalité concrète (une société constitué d’une pluralité d’êtres humains pensant, en chair et en os). C’est pourquoi, à mes yeux, le néo-libéralisme n’est qu’une théorie « ébauchée », inachevée (ou du moins précipitamment), qui tend à être dépassée et qui est déjà révolue, car inéluctablement condamnée à portée la misère humaine qu’elle a engendrée dans le monde (il est évident, à la vue des bouleversements que peuvent entraîner les actes terroristes et autres mouvement puissants de contestation ou de prosélytisme que le système actuel succombera à son impuissance).
J’avais également évoqué la nature destructrice du néo-libéralisme. En effet, celui-ci est avant tout destructeur de civilisation : la barbarie étant « la tyrannie de l’inférieur », elle s’oppose à la civilisation qui, elle, nous élève. A l’échelle sociale, c’est un désastre, même le chaos (je pèse mes mots) ! En convertissant un programme pseudo-scientifique en un programme politique, l’utopie néo-libérale s'impose par la destruction des mesures politiques (les collectivités notamment) faisant obstacle à la logique du marché pur ( les syndicats, les coopératives…mais également les familles, où la constitution du marché par tranches d’âges rend son autorité sur la consommation considérablement amoindrie. Au passage, que dire de cette surconsommation abrutissante du bien matériel si ce n’est qu’une image terrible s’impose à nous : « celle d’une personne dont la tête rejoindrait le nombril de telle sorte que la cervelle serait aspirée par l’intestin »(Michel Volle)). Destruction, également, des vies humaines, au regard de la misère croissante qui touche quasiment toutes nos sociétés sur cette planète. Destruction de la production culturelle par l’implication des valeurs commerciales… Toute cette monumentale destruction et cette chute dans l’anomie pour ce retrouver dans ce qu’Arendt appelait « un désert sans oasis ».
Et puis, dans cette gigantesque œuvre théorique, combien de « beaux » principes tiennent-ils de l’utopie. Ce fameux « échange équilibré » par exemple, qui semble un beau rêve au milieu d’un monde de prédation : après tout, ceux pour qui le rapport de force profitera s’engageront dans l’abus (surtout lorsqu’on dénigre les valeurs morales). On en revient malheureusement à cette « liberté du renard libre dans le poulailler libre » de Marx.
Alors, à quoi bon poursuivre un faux projet, qui d’ailleurs, nous mène tout droit vers un individualisme absolu qui, faute de nous conduire à l’anarchie, aboutira au démantèlement de toute civilisation ? C’est bien pour ça que, je pense, les hommes auront mieux à faire que de continuer dans cette voie là. Car il est bien dangereux de livrer les individus à eux-même, de les laisser seuls (c’est la porte ouverte au nihilisme ou à des démarches extrémistes, en bref, au ressentiment humain). De plus, nous sommes dans une ère de transition, où le spiritualisme n’a jamais été aussi à la mode, où l’ouverture aux autres cultures n’a jamais été aussi importante et on remarque que les connivences entre les différentes civilisations sont énormes. « Rien ne naît de rien » : les civilisations naissent de dynamiques d’ »envasements », chacune a apporté à l’autre tel ou tel fondement et vis vers ça. Ainsi, l’avenir de la civilisation occidentale se trouve sans aucun doute ailleurs qu’en Occident. C’est en cela que la civilisation occidentale n’est jamais morte et que le néo-libéralisme, symbole d’une civilisation occidentale arrivée à saturation, n’a aucune raison de poursuivre sa route (et les individus, même abrutis, n’en sont pas dupes, il sont ankylosés : continuons dans cette voie encore 20 ans et c’est la révolution assurée !). En bref, tout comme la nature, le néo-libéralisme s’oppose à la civilisation : c’est une jungle !

2:23 PM  
Blogger Librekom said...

Le libéralisme a triomphé ????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????
Où? Quand? Comment? Que j'y aille tout de suite !!!
Et qu'on ne me parle pas des USA qui ne sont plus libéraux depuis 1913. (+ de 35% du PIB américain passe entre les mains de l'état)

De toutes évidences tu ne sais pas ce qu'est le Libéralisme. Pour affirmer que Libéralisme est une jungle, il faut confondre anarchie et anomie. Mais bon, je ne vais pas perdre mon temps, j'ai beaucoup mieux à faire, le coup d'opportunité de la lecture d'un tes postes et la rédaction d'une réponse élaborée est beaucoup trop élevé pour mes petits moyens.

A plus.

3:58 PM  
Anonymous jankelevitch said...

Ce que j'aimerais savoir c'est ce que toi tu entends
par "libéralisme" (soyons clairs sur les terminologies si nous voulons débatre)?
J'attend simplement qu'on réfute mon opinion (volontairement provocante), non pas de savoir si je sais (il est vrai que je ne suis pas un grand lecteur de théoriciens libéraux; et alors? Cela m'empêche-t-il de tenir une réflexion construite et cohérente? le savoir n'est pas tout: ma réflexion tient du bon sens.)
Je dois dire que je suis également étonné qu'aucun libéral n'a jusqu'ici réussi à me convaincre!

4:27 PM  
Blogger Simon said...

Ce que les libéraux appellent "liberalisme" (via Wikiberal, l'encyclopédie de la communauté):
http://www.liberaux.org/wiki/index.php?title=Lib%C3%A9ralisme

Le libéralisme est un courant de pensée, ou un ensemble de courants de pensée visant à faire reconnaître la primauté de l'individu.

Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l'autorité politique, les moyens qu'elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d'abord été une réponse à l'absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l'État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles.

Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s'oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C'est tout autant l'étatisme ou l'État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché.

L'accusation contemporaine la plus commune qui est portée au libéralisme est qu'il n'accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s'agit de distinguer le fonctionnement de l'économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considérent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.

Les concepts de base

Les valeurs libérales sont la liberté individuelle, la créativité individuelle, la responsabilité individuelle, l'indépendance personnelle, le respect des droits individuels, etc. On définit souvent le libéralisme par ses quelques principes, que l'on retrouve dans la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen :

• l'égalité en droit;
• la liberté individuelle et la responsabilité dont elle découle;
• la propriété privée ;
• le droit de résistance à l'oppression;
• la recherche du bonheur et la sûreté.

La liberté individuelle est définie de manière négative comme l'absence de contrainte exercée par les autres individus, ou de façon positive comme le droit d'agir sans contrainte dans la limite des droits légitimes des autres. Il s'agit du concept de la « liberté-autonomie », ou encore de « liberté-indépendance ». Elle se fonde sur la distinction entre la « liberté des Anciens » et celle des « Modernes ».

La propriété est le droit pour l'individu de jouir du fruit de son activité, des richesses qu'il crée, et d'en disposer à sa guise, y compris en excluant autrui de leur usage. La propriété commence d'abord par le droit à la vie et la propriété de son corps. Les droits de sûreté et de résistance à l'oppression sont des conséquences du principe de propriété.

La responsabilité, inséparable de la liberté et de la propriété, rend l'individu responsable à l'égard des autres des conséquences de ses actions, bonnes ou mauvaises (quand elles lèsent autrui dans ses droits). C'est une composante de la sûreté d'autrui.

Les droits naturels

Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d'une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n'en est qu'une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d'ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu'à l'école autrichienne d'économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n'adhére pas forcément simultanément aux trois (Cf infra, diagramme de Nolan).

La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l'homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l'expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels.

Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu'en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l'individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s'est produit par exemple avec l'accession d'Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d'imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu'à la démocratie.

Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l'État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l'État. Toutefois, tous les libéraux admettent l'insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (...) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.»

Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l'époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s'exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s'exercer aux dépens d'une personne non consentante.

Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la Monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l'honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI)

L'éthique libérale

L'éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d'une agression. C'est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l'intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles)
]
La tradition et ses évolutions

La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu'au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce.

* Au XVIe siècle, L'École de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d'autres humanistes.
* Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne).
* Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d'auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine.
* Durant la Révolution française, les girondins représentent le courant libéral, victimes de la terreur étatique des jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l'opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l'essence du libéralisme).
* Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton.
* Au XXe siècle, l'école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek, l'objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc.

Il n'y a pas une école unique du libéralisme, d'autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill.

Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu'il engendre les organisations sociales les plus efficaces d'un point de vue économique.

Le libéralisme politique

Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne aujourd'hui dans les pays anglo-saxons une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l'économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s'oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier.

Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l'action du pouvoir et de l'État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l'individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l'on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux.

Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide.
Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu'il existe des fonctions légitimes de l'État, qu'ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire.

La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s'étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d'inverser cette expansion de l'État, la question de savoir où on s'arrêtera étant prématurée.

En France, les organisations libérales contemporaines sont l'ALEPS et l'ADEL. Il y a aussi des instituts comme l'iFRAP, Contribuables Associés ou Liberté Chérie. Au Québec, on trouvera l'IEDM ou le Québécois Libre.

Vocabulaire autour du libéralisme

* Le libéralisme en tant que tradition anti-politique est à distinguer de la tradition politique des partis libéraux.
* En revanche la dichotomie entre « libéralisme économique » et « libéralisme politique » est considéré parfois comme une formalité : il n'y aurait qu'un seul libéralisme, qui serait anti-étatique, voire anti-politique.
* Le libéralisme en toute rigueur n'est ni « à droite », ni « à gauche ». Le diagramme de Nolan montre où se situe le libéralisme dans un espace politique à deux dimensions. Cela n'empêche pas qu'il y a eu et qu'il y a des personnes qui se sentent à la fois libérales et « de gauche » ou « de droite » selon l'importance qu'elles accordent, grosso modo, les unes aux libertés individuelles, les autres au droit à la propriété.
* Les libéraux ne se reconnaissent en général pas dans les étiquettes de « néolibéral » ou « ultralibéral » : ils se disent simplement libéral, ou, pour se distinguer du parti libéral local, « libéral classique » (voire par auto-dérision paléo- ou archéo-libéral), ou bien libertarien. Ce dernier terme, importé des États-Unis, s'applique aux libéraux radicaux qui revendiquent les principes du libéralisme, et non à ceux qui partagent le point de vue de la réduction de l'État sans forcément adhérer aux principes philosophiques.

Citations

« On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. »

(Pascal Salin)

« Le libéralisme c'est d'abord une morale individuelle, ensuite une philosophie de la vie en société dérivée de cette morale, enfin seulement, une doctrine économique qui se déduit logiquement de cette morale et de cette philosophie. »

(Jacques de Guenin)

"Dès le XVIIème siècle, les thèmes fondateurs du libéralisme sont définis : intégrité de l’individu humain, respect de l’autonomie des activités sociales, immanence des règles de la coexistence humaine."

Monique Canto-Sperber, Pourquoi le libéralisme n’est pas le laissez faire , En temps réel, Cahier 7, février 2003, p5


Je vous encourage vivement à lire les autres articles.

5:20 PM  
Blogger Simon said...

Bonjour librekom au passage :)


"Je voudrais préciser ma pensée en insistant sur le « néo-libéralisme » ( idéologie sans concession, apparue (en France du moins) après une longue éclipse du libéralisme, durant la crise des années 70, ayant une posture plus hostile à l’égard de l’Etat que le libéralisme du 19es."

Il faut ne pas avoir lu les libéraux du 19eme siècle pour affirmer cela. Citons-en quelques uns: "Que nous faut-il pour faire de nous un peuple heureux et prospère ? Un gouvernement sage et frugal, qui retiendra les hommes de se porter tort l'un à l'autre, et pour le reste les laissera libres de régler leurs propres efforts d'industrie et de progrès, et n'enlèvera pas de la bouche du travailleur le pain qu'il a gagné. Voilà le résumé du bon gouvernement, et voilà ce qui est nécessaire pour boucler le cercle de nos félicités." (Thomas Jefferson in Discours inaugural, 4 mars 1801); " Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs. (...) Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu'on l'a organise aux États-Unis, ce n'est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible." (Tocqueville in de La Démocratie en Amérique vol. I, Deuxième partie, chapitre VII); " Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui." (Tocqueville); "L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Car, aujourd'hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d'autrui. Ce sentiment, on n'ose l'afficher, on se le dissimule à soi-même; et alors que fait-on? On imagine un intermédiaire, on s'adresse à l'État, et chaque classe tour à tour vient lui dire: « Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons." (Bastiat); "Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l'humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s'occuper d'elle." (Bastiat de même).


"Quant à l’ultralibéralisme, c’est une dérive radicale du libéralisme, dans la mouvance d’Hayek). "
Hayek est pourtant un libéral classique, rien de bien radical dans son oeuvre.


"Il semble que l’après-guerre fut d’une telle rancœur envers les évènements qui l’ont précédé, que les hommes en sont venus à rejeter tout projet (politique du moins. Le nazisme, malgré sa barbarie démesurée était un « vrai projet »)."

Vous vous trompez: il y'a à rebours de ce que vous affirmez pléthore de Grands Travaux organisés par l'Etat (sous l'impulsion des gaullistes et communistes).

5:30 PM  
Blogger Simon said...

"Ne nous voilons pas la face, si le néo-libéralisme a triomphé"

Quel "néo-libéralisme"? Quel triomphe?


"c’est avant tout parce que le socialisme a échoué"

Echoué dans les faits mais il se trouve toujours au pouvoir.



"en fait, beaucoup y ont adhéré en le prenant, à tort, comme un lieu d’expression du ressentiment (manifestation du rejet du communisme par exemple), mais beaucoup y adhère aussi par niaiserie et mépris de l’ordre social."

Vacuité et sophisme. Rien ne peut vous laisser écrire ceci.



"De même, dès la fin du mouvement d’émancipation (autour de 1970), les « idées » ont disparues du champ politique, laissant place au culte de l’image à travers une médiatisation abrutissante. C’est notamment ce désintéressement pour la politique et la critique des idées qui nous a enfoncé dans le carcan néo-libéral."

Je ne saisis pas le lien logique.


Idem pour le reste, bourré de logomachies que ma nature hostile à la chronophagie et mon humeur entâchée d'un drame m'empêche de commenter.

5:39 PM  
Blogger Librekom said...

Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

10:45 AM  
Blogger Librekom said...

Le Libéralisme c'est avant tout la defense du libre arbitre. C'est aussi la volonté de réduire l'état à ses fonctions régaliennes qui sont la Justice, la Sécurité et la Diplomatie. Et ce par un souci de faire respecter le libre arbitre.

Le libéralisme est basé sur l'axiome de non-agression. qui se résume en trois règles.
- Tu ne tuera point
- Tu ne volera point
- Tu n'asservira point
Tout est donc basé sur l'inviolabilité de la Vie, de la Libérté et de la Propriété de chacun.

C'est extrêment simple, l'impôt est du vol, (du racket ou de l'extorsion, ni pire, ni moins grave que les mafia qui prélèvent leurs impot mafieux en échange de ta sécurité, ou encore les fameux impot révolutionnaire) la guerre est du meutre de masse et le service militaire ainsi que les services minimum sont du travail forcé.

10:47 AM  
Anonymous jankelevitch said...

Je voudrais, à la vue de mon discours logomachique, affiner quelque peu mon commentaire en donnant quelques précisions sur certains termes que nous avons employés :

Tout d’abord, ce n’est pas pour rien que tout le monde (ou presque) vous « afflige » avec leurs « néo- » et « ultra- » (pourquoi pas « hyper- » ou « supra- »…) libéralisme ( termes utilisés partout sauf chez les libéraux ). Il est une chose aussi irrévocable que douloureuse, dont on ne saisit l’importance qu’au fil des expériences : on n’est jamais autre chose que ce que les autre disent qu’on est ( ceux qui croient le contraire se trompent : croient-ils, au regard de leur immense savoir, détenir toute la « vérité » ? Quelle vérité ? Une bonne fois pour toute, il n’y en a pas ! Nulle part ! « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà, disait Pascal. Rien suivant la seule raison, n’est juste de soi ; tout branle avec le temps. » A retenir ! ) Si l’inconscient collectif a rajouté de telles emphases, c’est bien parce que le libéralisme d’origine ( celui de Locke notamment) n’est plus ce qu’il était et qu’aujourd’hui, malgré l’ignorance des théories libérales de la part d’une grande majorité , les hommes sentent une oppression qui se traduit, on le voit chaque jour, concrètement et brutalement ( licenciements à tout a, suicides…) : celle du profit pour le profit (et non autre chose). D’autant plus que le problème de l’économie, c’est justement son ésotérisme : « c’est soumettre l’universel au particulier […] l’esprit au gourou » (André Comte-Sponville) ; c’est en cela que ces concepts sont peu réfutés par l’ensemble de la population, mais c’est aussi pourquoi elle est impuissante ( qui peut y croire à part une infime minorité ?).

A propos des « droits naturels ». C’est une notion facile et facilement malléable. Un droit d’avant le droit, qui serait universel et constituerait le fondement des droits positifs, voilà qui est bien commode (on peut y mettre ce qu’on veut) mais qui, à mon avis, ne résout aucun problèmes effectifs. Que peuvent bien dire la nature ou la raison sur les droits des travailleurs ? ceux des affaires ? sur l’euthanasie ? sur le meilleur type de régime ( on a pu fonder sur le droit naturel, selon sa propre conception, la supériorité de la monarchie absolue (Hobbes) aussi bien que celle de la démocratie (Spinoza)).

A propos de la « morale ». Cela n’est pas la loi de la société mais celle que l’individu se prescrit à lui-même : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » (Rousseau). C’est également une forme d’autonomie ( l’individu ne se soumet qu’à sa propre législation, et cette singularité est paradoxalement le garant son caractère universel ). Que la moral soit relative, ça dépend. Que toute morale soit historique, c’est inéluctable : c’est d’ailleurs ce qui fait qu’elle nous est « par nature » inhérente, car nos sommes dans l’histoire qui elle-même nous produit. Culturellement, elle peut tout à fait devenir universelle. Si on s’affranchit de quelques archaïsmes persistants ( le sexe, le statut des femmes…) on ne fait grande différence entre un «type bien» de France, de Chine ou encore de Pitcairn. Déjà, au 18es, Rousseau disait : «O Montaigne ! toi qui te pique de franchise et de vérité, sois sincère et vrai, si un philosophe peut l’être, et dis-moi s’il est quelque pays sur la Terre où se soit un crime de garder sa foi, d’être clément, bienfaisant, généreux ; où l’homme de bien soit méprisé, et le perfide honoré ? »

Qu’est-ce j’entends par « projet » ? Plus encore qu’un désir de volonté, il s’agit d’une proposition ferme, portant sur l’avenir et qui ne dépend que de notre engagement et de notre responsabilité dans les conséquences de cet engagement ( face à ce qu’on appel le néo-colonialisme, je doute fort du désir d’avenir de leurs acteurs et encore plus de leur capacité à assumer leur responsabilité : ce sont juste des niais). De plus, dans tout projet (politique du moins), il faut prendre en considération les trois éléments constitutifs de toute action politique dont parlait Arendt : « le but qu’elle poursuit, la fin qu’elle a en vue et par rapport à laquelle elle s’oriente et le sens qui se dévoile en elle pendant qu’elle se déroule ». Concernant le néo-libéralisme, si on peut y voir un but ( l’individualisme absolu ) et peut-être même une fin ( une certaine conception de la « liberté » ) je n’y vois en revanche aucun sens ! Ceci annule donc la raison d’être du but et de la fin, donc, de l’action elle-même.

A propos de la « liberté ». Qu’est-ce qu’entendent les libéraux par « liberté » ? Quelle « liberté » veulent-ils gagner, si ce n’est une jouissance passive de l’individu dans sa sphère privée (j’y reviendrai) ?
La liberté d’action ? Si nous sommes libre d’agir quand rien ni personne ne nous en empêche, alors il est évident qu’on est plus libre dans une démocratie libérale qu’un Etat totalitaire. Mais n’oublions pas que la liberté commence là où s’arrête celle des autres, et qu’elle ne saurait ainsi être absolue : on doit, si on veut la préservée, la limitée ( c’est la pensée de Locke).
La liberté de volonté ? Toute volonté est libre par définition : vouloir, c’est vouloir ce qu’on veut .
La liberté d’esprit ? La raison n’est la propriété de personne : « l’esprit ne doit jamais obéissance. »(Alain). Et puis, « à quoi bon vouloir, si l’on ne pouvait agir librement ? Et au nom de quoi, si toute pensée était esclave ? » (Comte-Sponville).
Quant à la première définition ( la liberté au sens des « modernes »), les conséquences d’un tel individualisme sont incompatibles avec la réalité sociale : quand chacun fait ce qui lui plaît, « on fait souvent ce qui déplaît à d’autre, et cela ne s’appel pas un Etat libre »(Rousseau). De plus, puisque la dignité et la détermination des hommes se fait par rapport à une volonté morale et même législatrice, la liberté est paradoxalement le pouvoir d’obéir à la loi morale.

A propos du nihilisme. Nietzsche était d’une incroyable lucidité : « Ce que je raconte, c’est l’histoire des deux prochains siècles, disait-il vers 1884 dans « La volonté de puissance ». Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer de venir : l’avènement du nihilisme. On est en plein dedans. Si on suit Jacobi, la raison livrée à elle-même est dans l’incapacité de passer du conceptuel à l’être : elle ne peut que penser des êtres sans existence ( l’homme étant réduit à l’état d’objet ). Il est crucial, dans ce sens, de revaloriser la pratique et le corporel, naturellement différents de la raison à laquelle ils sont liées ( ce que voulait Adorno ). Voilà pourquoi les théories dites « néo- » et « ultra-» libérales font fausse route, réduisant l’homme à l’état de marchandise. Que dit encore Nietzsche : « Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs supérieurs [surtout la morale et l’éthique] se déprécient. Les fins manquent [ le propre du néo-libéralisme est bien l’absence de fins]. Il n’est pas de réponse à cette question : A quoi bon ? » A la question : à quoi bon poursuivre l’action néo-libérale (l’action proprement libérale étant tombée dans l’oublie, ou presque) alors que, à la façon du communisme auparavant, son application « extra-théorique » ne marche pas ? La réponse est nulle.
Cependant, du fait que le nihilisme constitue la crise la plus violente d’une civilisation malade, il nous permet heureusement d’espérer à un dépassement, à la réinvention de toute une civilisation ( pour ma part, j’ai l’intuition que l’avenir est dans la science et l’esprit scientifique lui-même, mais certainement pas dans l’individualisme absolu).
Outre le nihilisme, l’ennui (j’évoquais le cas d’msn dans mon premier message), qui lui est parallèlement lié. Comme le nihilisme, il constitue l’arrêt de mort de la doctrine en question : son utilité première étant la désillusion ( en touchant le fond, l’homme, « incontinent […], sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir »(Pascal), considérant enfin autre chose que son cocon individualiste).

12:17 PM  
Blogger Simon said...

"on n’est jamais autre chose que ce que les autre disent qu’on est "

Non. Vous avez foi dans le jugement de la societé mais comme l'écrit Ayn Rand , vous avez renoncé à penser. Si mes voisins me prennent pour un Juif (et j'ai déjà subi des insultes antisémites), cela ne signifie nullement que je le suis. De même, si on m'attribue du racisme, je n'en ai pas. Les médiocres et leurs erreurs de jugement sont légions.

"Quelle vérité ? Une bonne fois pour toute, il n’y en a pas !"

1+1 =3? Racine est un communiste inuit? Je suis une demoiselle?
Réponse: Non, non, non. Ce sont des vérités, vous ne pouvez lutter contre ou les nier.



"c’est bien parce que le libéralisme d’origine ( celui de Locke notamment) n’est plus ce qu’il était et qu’aujourd’hui"

Il s'est affiné mais jamais on n'a autant parlé de Bastiat en France que ces dernières années, grâce au travail fantastique de François-René Rideau, lequel a mis la plupart des écrits du Landais sur le web. De plus, comme je vous l'ai expliqué hier (citations à l'appui), nos "prédécesseurs" n'étaient pas si éloignés de nous.


"les hommes sentent une oppression qui se traduit, on le voit chaque jour, concrètement et brutalement ( licenciements à tout a, suicides…) : celle du profit pour le profit (et non autre chose)."

Je ne ressens pas cette oppression. En revanche, tous les jours, je peux m'apercevoir des méfaits de la politique, entre autre lorsque elle se mêle de l'économie. Cela a mené à toutes les grandes catastrophes: 1929, 1973, l'Argentine...


"D’autant plus que le problème de l’économie, c’est justement son ésotérisme : « c’est soumettre l’universel au particulier […] l’esprit au gourou » (André Comte-Sponville) ; c’est en cela que ces concepts sont peu réfutés par l’ensemble de la population, mais c’est aussi pourquoi elle est impuissante ( qui peut y croire à part une infime minorité ?)."

Les lois de l'économie sont rationnelles, dire qu'elles vous oppressent revient à attenter un procès à la gravité pour vous empêcher de voler.

"A propos des « droits naturels ». C’est une notion facile et facilement malléable. Un droit d’avant le droit, qui serait universel et constituerait le fondement des droits positifs, voilà qui est bien commode (on peut y mettre ce qu’on veut) mais qui, à mon avis, ne résout aucun problèmes effectifs. Que peuvent bien dire la nature ou la raison sur les droits des travailleurs ? ceux des affaires ? sur l’euthanasie ? sur le meilleur type de régime ( on a pu fonder sur le droit naturel, selon sa propre conception, la supériorité de la monarchie absolue (Hobbes) aussi bien que celle de la démocratie (Spinoza))."

On ne peut certainement pas tout mettre dans cette notion, elle est clairement définie depuis Aristote. Je vous renvoie aux premiers chapitres de l'Ethique de la Liberté par Murray Rothbard.Les "droits des travailleurs" sont les mêmes que pour les autres personnes. Le reste n'est que contrat. Economiquement, liberté d'échanger. Sur l'euthanasie, on est propriétaire de son corps. Nul ne peut nous empêcher de mourrir, ni nous y forcer. Sur le meilleur type de régime, simplement celui qui laissera ces droits s'exprimer.



"on ne fait grande différence entre un «type bien» de France, de Chine ou encore de Pitcairn."

Hélas si. Les asiatiques donnent traditionnellement bien moins de poids que nous à la vie humaine.



Par ailleurs, je vous rappelle que le libéralisme est une philosophie du Droit, une déontologie. Il ne vous dit pas pourquoi ni comment vivre. Il pose simplement des limites. On peut être liberal et nietzchéen ou objectiviste (Ayn Rand)


Je répondrai au reste ensuite, je dois partir.

1:06 PM  
Anonymous jankelevitch said...

J'aurais bien aimé poursuivre le débat et soulever encore de nombreuses questions : Qu'est-ce que la vérité? le libre arbitre? l'éthique? Pourquoi les conflits de doctrines sont-ils stérils (relativité du savoir)? et tant d'autres...
Seulement je dois également partir un certain temps. Le temps de me rappeler, malgré la vertu structurante du débat d'idée, que tout ceci n'est qu'une folle entreprise imaginée par l'homme. Tout ceci est produit de l"oeuvre d'art humaine". Le temps donc, de la visite d'un "au-delà des idées" avant de me rappeler la parole d'Hamlet: "The time is out of joint, the cursed spite that I was born to set it right."
Good bye and Good luck!(sans doute à bienôt)

5:36 PM  
Anonymous Anonyme said...

Quel poète et quel esthète ! Malgré une certaine lourdeur de style il n’a pas tout à fait tort.

8:16 PM  
Blogger Librekom said...

Mais bien sûr que si, il a tord, il est à la naissance de sa réflexion et croit l'avoir aboutie.

Il n'a absolument rien compris de nos idées. Quand on lui parle d'absence de pouvoir central il nous demande comment on va choisir le régime !!! Il n'a vraiment rien compris, c'est évident !

J’ai de toutes façons toujours trouvé ces conversations stériles, je n'ai d'ailleurs moi même pas été convaincu par le Libéralisme à travers ce types de dialogues, mais bien en lisant et en lisant même beaucoup.

Alors pitié, laissons le partir dans son ignorance. Celle-ci va murir et un jour, tel Proudhon, il plaidera à son tour pour le libéralisme.

2:27 PM  
Anonymous Bogdan said...

Simon, quelle est la surprise ? Biensûr, si tu peux la dévoiler aux amis impatients.

8:15 PM  
Anonymous Anonyme said...

Simon, tu as vraiment beaucoup de chances d'avoir un visiteur tel que jankelevitch.
C'est un vrai régal de le lire.

4:13 PM  

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