mardi, avril 07, 2009

Sur l'Esclavage (Tocqueville)


J'ai fait l'acquisition il y a peu d'un recueil de discours, d'articles d'Alexis de Tocqueville quant à l'esclavage. L'ensemble se trouve édité chez Babel et commenté (très malheureusement, j'y reviendrai longuement, c'est même pour ainsi dire l'objet de cette note) par Seloua Luste Boulbina.
On y retrouve, outre le Rapport fait au Nom de la Commission chargée d'examiner la Proposition de M. de Tracy relative aux Esclaves des Colonies en 1839, Quelques Idées sur les Raisons qui s'opposent à ce que les Français aient de bonnes Colonies, une série d'articles publiés par Le Siècle en 1843, à l'époque anonymes et reprenant peu ou prou les propos tenus dans le rapport, tout du moins les arguments et les faits mis à jours à la lumière des derniers évènements.
Alexis de Tocqueville, nonobstant toute mon affection pour lui, n'est pas un libertarien. Il apparaîtra en quelques pages aux Autrichiens comme par trop timoré, comme trop prêt au compromis. Non pas tant quant à la fin du reste -le rapport est un réquisitoire pour une abolition simultanée de la servitude de l'ensemble des esclaves sans la moindre concession- que quant aux moyens politiques mis en œuvre, à savoir sa mansuétude extrême (encore une fois à mes yeux, il en va tout différemment pour les pourfendeurs de l'émancipation) à l'égard des négrier et des maîtres afin de ne pas briser l'économie des colonies et de minimiser les réticences. On peut le concevoir, difficilement y souscrire. Tocqueville y suggère de suivre en partie le modèle britannique de l'apprentissage et d'une indemnisation des colons par la métropole, sous le prétexte saugrenu que celle-ci a favorisé maintes fois la traite (ce qui est attesté). En d'autres termes, le contribuable de métropole a subventionné la traite, a financé à grands frais des hommes en armes et se voient encore contraint de subventionner l'abolition.
Le Rapport, à l'instar du recueil, jouit d'une abondante documentation sur la situation des colonies françaises et anglaises, notamment Antigua et la Jamaïque. On y comprendra entre autre que rien ne saurait prouver que l'esclavage est viable économiquement, tout du moins qu'il le soit davantage que le travail libre et qu'il apparut aux colons d'Antigua justement comme excessivement néfaste : ils appliquèrent la Bill d'émancipation sans recourir à l'apprentissage, id est, en hâtant la libération réelle de six ans. Ils s'en félicitèrent lorsque, dans le même temps que le prix de leur terre doubla ou presque, le prix de la journée de travail équivalait ou presque celle de l'esclave. Il convient de même de rappeler les difficultés que l'on a à faire travailler un esclave, et l'aisance avec laquelle on traite avec un homme libre, un mulâtre, dont l'intérêt rejoint celui du planteur.
Quelques remarques à propos des commentaires de Seloua Luste Boulbina, lectrice passionnée d'Aimé Césaire. Une zélatrice de la négritude, donc. S'il reste impératif de présenter, de commenter, la moindre des œuvres de Tocqueville tant celui-ci se place à des lieues des considérations habituelles de nos politiques, on peut le faire sans souiller pour autant, j'écris bien souiller, ces oeuvres en y ajoutant le nom d'Aimé Césaire, philistinie sans nom que votre serviteur ne saurait pardonner et tous les hommes de goût avec lui.
A maints égards, Seloua Luste Boulbina nous dépeint un Tocqueville cynique, florentin presque, intéressé à la conservation les colonies quitte à abolir l'esclavage, ce qui n'est qu'un principe vulgaire dont l'on sait que les libéraux sont dépourvus (I'm an heartless libertarian, baby). Il convient de distinguer, il me semble, le Tocqueville de principe, de philosophie, du Tocqueville politique (voire du Tocqueville face aux politiques, face à une assemblée difficile à convaincre, Bastiat s'y cassera les dents): le Tocqueville de principe songe à la moralité de l'émancipation, le Tocqueville politique réfléchit déjà à la meilleure manière de procéder, d'un point de vue strictement utilitariste et accessoirement à obtenir l'adhésion des Chambres.
Mais ce que l'on reproche avant tout, non seulement à Tocqueville mais à l'essentiel des Européens, des Blancs contemporains de Tocqueville c'est de remembrer que l'œuvre d'abolition est une œuvre occidentale, chrétienne (quoique ce point soit discutable selon les époques, voire selon les lieux, je me bornerai à dire plus chrétienne qu' ecclésiastique) et libérale et qu'en dehors d'Haïti (dont je me contenterai de rappeler que la révolte est postérieure à la première abolition de l'esclavage par l'Assemblée Nationale), il n' y eut aucune lutte des classes ou aucune lutte des races, tout au plus les réticences naturelles des colons. Qui étaient blancs, certes, comme les abolitionnistes étaient blancs. Mais que l'on ne se fourvoie pas : les colons blancs, les négriers blancs se contentaient d'acheter les captifs et il n'existe guère, à ma connaissance du moins, d'expédition d'européens massacrant, enlevant eux-mêmes des légions de noirs pour les colonies. Ce sont des noirs, des africains qui se livraient aux razzias contre leurs propres frères de couleur, n'en déplaise aux zélateurs de la sacro-sainte négritude oppressée par les vils nazis européens. Et il est étrange que Seloua Luste Boulbina occulte cette réalité tragique si l'on ne relève pas ce qui suit «[...] les noirs sont considérés comme ne pouvant pas se gouverner eux-mêmes.» Allégation grossière tant Tocqueville d'une part ne considère que des hommes, certes noirs, mais surtout arrachés de la barbarie africaine, j'écris bien barbarie africaine, pour la servitude décérébrée auprès d'un Maître (et il me semble que l'on est en droit de s'interroger sur la faculté de ces survivants à se gouverner eux-mêmes) mais surtout, surtout, qu'il en va de même pour les colons blancs aux yeux de Tocqueville. Et en le relisant bien, surtout des colons dont il n'attend guère d' initiative malgré l'exemple heureux d'Antigua. Un blanc, entendons-nous, pour Seloua Luste Boulbina, un blanc ne peut être libéral, ne peut être attaché à un certain Occident sans verser dans le racisme. Et d'ailleurs un noir ne peut pas être libéral non plus, il se doit, dans cette idéologie post-moderne et comme l'écrit Finkielkraut si justement dans la Défaite de la Pensée, de rejoindre Maistre et Marx comme lui ont si finement suggeré les reliquats du bolchévisme à grand coup de kalachnikov et d'assistants militaires cubains. Exit l'Histoire, Heil Socializmus!
En d'autres termes, il eut été souhaitable que Madame Seloua Luste Boulbina s'abstienne de ces logomachies navrantes. Nous ne lui aurions nullement reproché cette absence de travail.

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9 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Un article creux et sans queue ni tête, bien que je sois d'accord sur le fond de ta pensée et sur ce que tu essayes maladroitement de démontrer.

2:36 PM  
Blogger Simon Aubert said...

Uhuhuhuhu

*se gausse et vous saurait gré de vouvoyer sur ce blog, torchons, serviettes, toussa, quoi*

9:15 PM  
Anonymous Anonyme said...

Je ne porterai aucun jugement sur l'article qui est assez amusant dans sa tonalité mais tiens à préciser que Seloua Luste Boulbina est une femme. Ce qui peut être un détail utile...

10:52 PM  
Blogger Simon Aubert said...

En effet...

9:39 AM  
Blogger Simon Aubert said...

Je dois confesser ne pas avoir écrit cette note à charge et avoir quelques peu négligé la documentation à son propos tant cela me paraissait insipide face à Tocqueville.

9:45 AM  
Anonymous Bertrand said...

Seloua Luste Boulbina est professeur de philosophie et docteur en sciences politiques. Elle enseigne en classe préparatoire littéraire au lycée Honoré de Balzac et à SciencesPo-Paris.
Les travaux de Mme Boulbina portent actuellement sur la colonisation, elle est récemment intervenue à colloque sur les massacres du 8 mai 1945 dans le Constantinois, dans l'Ouest algérien, région de Sétif et Guelma.

7:47 PM  
Anonymous alex said...

J'ai toujours autant de plaisir à vous lire, bonne continuation

6:44 PM  
Anonymous Anonyme said...

Pauvre Tocqueville ... Si il avait su que ses idées seraient un jour reprises par un pinochiste pur sucre ...

1:37 PM  
Anonymous Anonyme said...

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